L'inspirante

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  • Posted by: FELIN COMMUNICATION

MME GLAO PHILOMENELA BLACK CAT DU TONKPI 

L’AGRICULTURE, MA FORCE, MA RICHESSE 

T-shirt, jeans et bottes aux pieds, la voilà partie pour une tournée de ses activités pour en faire l’état des lieux. Une poignée de main par ci, un mot d’encouragement par-là, telle est pour cette brave femme, le début d’une  journée de travail. Humilité  et patience  sont les maitre-mots de madame Glao née Tia Philomène qui s’est illustrée de fort belle manière  pour devenir l’une des figures de proue du Tonkpi, sa région  et une fierté nationale. Femme courageuse, intrépide entrepreneure,  Mme Glao  est à la tête d’une compagnie de transport ainsi que de nombreuses  activités  et actions sociales qui lui ont valu plusieurs distinctions dont les prix d’excellence 2016, du Président de la République  pour la valorisation des compétences féminines et Prix Care International de Femmes modèles. Aujourd’hui, Mme Glao parcourt le monde pour partager son expérience entrepreneuriale. Chères félines, laissez-vous conduire par Mme Glao, sur les sentiers de la réussite avec à la clé de précieux conseils pour entreprendre. 

QUI EST MME GLAO?

Je suis Mme Glao née Tia Philomène, mère de six enfants. J’ai la cinquantaine et je suis originaire de la ville Man, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

 

A QUEL MOMENT DÉCIDEZ-VOUS DE VOUS LANCER DANS L’ENTREPRENEURIAT?

Je me suis lancée dans l’entrepreneuriat à l’âge de 16 ans, mon but étant d’aider ma mère.  Car elle n’était pas aimée de mon père et nous étions pauvres. J’ai alors décidé de vendre de l’alloco (banane plantain frit) à l’huile rouge. Je gagnais 200 F ou 300 FCFA que je donnais à ma maman pour acheter du riz et nous nourrir. Avec le bénéfice, j’achetais également des tubercules de manioc dans des champs pour les revendre. C’est ainsi que j’ai pris goût à l’entrepreneuriat jusqu’à aujourd’hui. 

Par la suite j’ai été donnée en mariage forcé  à 18 ans à Sipilou (département de Biankouma), j’étais la huitième femme de mon mari, un ami de mon père. Ce dernier dépendait de ses épouses. C’était difficile de vivre ainsi. J’ai donc décidé d’aller voir notre voisin pour lui demander une portion de terre afin de planter du manioc et de l’arachide, pendant que je portais une grossesse de 7 mois.   

COMMENT AVEZ-VOUS DÉVELOPPÉ VOTRE EMPIRE?

J’ai commencé par l’agriculture avec notamment la vente d’arachide en gros et la vente de produits vivriers que je prenais à la frontière guinéenne pour les revendre à Man. Puis, profitant de l’absence de l’électricité en Guinée, j’ai commencé à y vendre du poisson congelé. Au bout d’un an, j’ai pu épargner trois millions trois cent mille francs Cfa. A partir de ce moment, j’ai décidé de passer à une autre étape. C’est ainsi ce que je me suis lancée dans le transport. J’ai bénéficié de la confiance d’un grand homme qui malgré mes 3 millions m’a donné un camion de 17 millions à crédit payable sur 24 mois. Toutefois, je continuais mes autres activités qui m’ont permis en seulement 12 mois, de rembourser le prêt.  

Dans l’optique de diversifier mes activités, J’ai fait part à mon mari de ma volonté de faire de l’élevage. Il a refusé prétextant que c’est un métier réservé aux hommes. Mais étant donné que j’ai aimé le travail de la terre, je me suis cachée pour aller voir un vieux à Bloma, un village de Sipilou pour demander une parcelle où je pourrai faire mon élevage. Aujourd’hui, j’ai 11 parcs à Sipilou, Touba et Odienné avec environ 5000 têtes de bœufs. Je dispose également de 70 véhicules dont des cars de transport, des gros camions de ramassage de produits agricoles?; une usine de décorticage de cacao?; trois hôtels?; des dizaines de dépôts de boissons et de gaz?; des  boutiques, des magasins?et commerces de toutes sortes ; des fermes de volailles, de porcs qui emploient de nombreux jeunes de la région. Je dispose aussi de plus de 500 hectares de terrains et de forêt.

 

AUJOURD’HUI MME GLAO EST PDG DU GROUPE MINDEBA AVEC UNE PANOPLIE D’ACTIVITÉS, COMMENT GÉREZ-VOUS TOUTES CES ACTIVITÉS? 

Quand j’investi dans une activité, je m’assure que je maîtrise la gestion et le contrôle de bout en bout de cette activité avant d’en démarrer une autre. Ensuite, je prends un administrateur pour continuer la supervision tout en ayant un œil sur lui.

 

QUELLES SONT LES VÉRITABLES MOTIVATIONS DE MME GLAO A CONTINUER D’ENTREPRENDRE? 

Ne pas dépendre de quelqu’un. Quand tu es né, tu ne dois pas compter sur quelqu’un. J’ai toujours compté sur moi-même depuis mon enfance. C’est ce qui me motive à toujours entreprendre.

AVEC TOUS LES BIENS DONT VOUS DISPOSEZ ET LES DISTINCTIONS, PENSEZ-VOUS AVOIR ATTEINT VOS OBJECTIFS?

Je peux dire que j’ai atteint certains de mes objectifs mais le combat pour moi continue. Car mon plus grand souhait c’est de lutter contre la pauvreté et le chômage notamment chez les jeunes. En les aidant à se prendre en charge, à quitter la rue et la délinquance. Cela est devenu comme une obligation pour moi. Là où les cadres de la région se cachent, moi Mme Glao, j’ouvre les portes à toute la jeunesse, toute tendance confondue.

 

MME GLAO SEMBLE ALLER DE SUCCÈS EN SUCCÈS, QUEL EST VOTRE SECRET DE RÉUSSITE?

D’abord je suis beaucoup patiente et humble. Les femmes généralement, sont pressées et certaines vivent au-dessus de leurs moyens. Par exemple, une femme dont le fonds de commerce est de 200.000 francs et qui va acheter deux complets de pagne Hollandais à 100.000 francs  juste pour ressembler aux autres. Chose qu’il faut à tout prix éviter. Mme Glao accepte tout le monde et prend le temps d’écouter les problèmes des uns et des autres, même si souvent je ne suis pas à mesure de les régler. En toute chose, il faut de l’entraide, car, comme on le dit chez nous :«c’est l’homme qui fait l’homme». Mais il faut surtout diversifier ses activités. Car si Mme Glao faisait uniquement le transport, depuis 2015 je n’existerais plus parce qu’à cette date, j’ai eu tous mes biens volés et saccagés.

 

LES DIFFICULTÉS, VOUS EN AVEZ  CONNUES. PARLEZ-NOUS EN ET COMMENT LES AVEZ-VOUS SURMONTEZ?

En 2002, avec la crise, j’ai tout perdu. J’ai quitté Sipilou pour venir m’installer à Man où je faisais de la vente de bouteilles de sucrerie pour nourrir mes enfants. J’ai mis à profit les bénéfices en créant d’autres activités.  Jusqu’à ce qu’en 2015, on pille tous ces acquis et ruine tous mes espoirs, alors que j’étais en voyage au Maroc. Mais je ne me suis pas découragée car je savais chercher. Je savais que la terre et l’élevage qui m’ont donné tous ces biens étaient encore là. Je suis retournée dans mon parc à Sipilou, où j’y ai pris 500 bœufs pour vendre et renforcer mes activités jusqu’à aujourd’hui. J’ai pu reprendre toute mes activités notamment, mon parc auto, mon bétail et mes plantations.

QUEL REGARD PORTE, MME GLAO, SUR L’ENTREPRENEURIAT FEMININ EN CÔTE D’IVOIRE? 

Je constate que les femmes ont commencé à comprendre et prendre les choses en main. Je pense que l’entrepreneuriat se porte bien en Côte d’Ivoire. Mais que beaucoup reste encore à faire. Toutefois, je les encourage à diversifier leurs activités et surtout s’investir dans l’agriculture.

 

QUELS CONSEILS DONNEZ-VOUS AUX FEMMES ET À LA JEUNE GENERATION?

Les femmes doivent avoir un objectif clair. J’ai été désignée premier transporteur en Côte-d’Ivoire en 2016 parce que quand je commence quelque chose, je vais jusqu’au bout. J’invite les femmes à se lever. Elles sont capables de se prendre en charge  et aussi leur famille. Elles peuvent avoir plus de chance que leur mari mais si elles se négligent, cette chance peut tomber à l’eau. La terre ne trompe pas, l’agriculture ne trompe pas. Le temps de tendre la main est révolu. Qu’elles se mettent au travail. Car seul le travail paie.

 

QUELS CONSEILS FORMULEZ VOUS  A L’ENDROIT DES JEUNES FEMMES QUI SE DISENT TROP BELLES POUR TRAVAILLER DANS LE MONDE AGRICOLE?   

Je pense que ces filles se trompent  énormément, la beauté est quelque chose d’éphémère.  La beauté peut vous donner de l’argent mais vous rendra dépendante de quelqu’un par contre l’agriculture vous donne une totale indépendance et même la possibilité de réinvestir dans d’autres activités. Récemment en Guinée Conakry lors de la journée nationale du paysan tenue le 12 Mai 2018 en présence du chef d’Etat Guinéen. J’ai été invitée pour partager mon expérience avec les populations. C’est grâce à l’agriculture que je suis sollicitée partout pour apporter des conseils malgré le fait que je sois analphabète. Et Grace à l’agriculture je fais partie des femmes les plus influentes.

 

QUELLES SONT VOS PERSPECTIVES POUR L’AVENIR

J’envisage construire un complexe hôtelier de référence dans la région du Tonkpi avec toutes les commodités à l’image de ceux des occidentaux.  Je souhaite aussi agrandir ma porcherie moderne en vue d’en faire un centre de perfectionnement pour l’élevage et permettre aux jeunes de se mettre à leur propre compte. Aussi, j’ambitionne construire une grande école très bientôt, destinée aux femmes analphabètes où je vais donner des cours d’entrepreneuriat. Le site est déjà prêt et j’appelle les bailleurs de fond à m’aider à réaliser ce rêve mais également à développer mon parc auto.

 

QUEL EST LE FÉLIN DONT, MME GLAO, ÉPOUSE LE PLUS LES TRAITS DE CARACTÈRE? 

J’ai une grande estime pour le chat parce qu’il est propre. Mme Glao n’aime pas la saleté. Il faut être propre dans tout ce que tu fais, dans ta manière d’être, de parler… C’est pour cela je suis le chat. 

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