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  • Posted by: FELINE

LIONEL !

La vie n’a pas été tendre avec Lionel, qui à la mort de ses parents s’est retrouvé chez son oncle Grégoire. Grégoire était cadre dans une banque, donc régulièrement absent, Lionel devait donc subir les humeurs de la femme de celui-ci, Célestine. Célestine était une très belle femme au teint d’ébène, un large sourire qu’elle affichait à qui voulait le voir dehors. Mais, à la maison, elle était une vraie sorcière.

En effet, depuis l’arrivée de Lionel, elle avait fait partie la servante, et ce rôle, c’était le jeune homme qui devait l’assurer. Debout, à 4h du matin, c’était seulement à 23h qu’il pouvait reposer son corps endolorit et fatigué sur le bout de tissu effiloché qui lui servait de matelas. A peine, les yeux fermés, que Lionel reçut un coup de pagne sur le dos, il en était habitué, ses réveils variaient selon les humeurs de sa tutrice à son réveil. Quand elle était d’humeur, c’était le morceau de pagne et dans le cas échéant, c’était soit un seau d’eau soit un coup balai. Ce jour-là, il avait eu droit au coup de pagne.

  • Débout ! Fainéant, tu penses que le ménage va se faire tout seul ? Si tu veux aller aux cours ce matin, commence à faire ton travail dès maintenant, auquel cas tu n’iras nulle part.
  • Mais, ma tante, il n’est que 2h du matin et je viens à peine de me coucher.
  • Et alors ? Impoli ! Tu oses, répondre quand je te parle ? Tu penses que mon salon est ton dortoir ? D’ailleurs, à partir d’aujourd’hui, tu dormiras, sur la terrasse, derrière la cuisine, ça t’apprendras à respecter tes ainés.

Le jeune homme, sans mot dire, se leva et vaqua à ses occupations, il prit une douche et aux environs de 5h du matin, s’en alla à l’arrêt de bus. Lorsqu’il arrivait tôt à l’université. Il profitait pour dormir un peu et étudier. Malgré, tout ce qu’il subissait, Lionel était reconnaissant à son oncle et à sa femme de l’avoir accepté chez lui à la mort de ses parents. Car, aucun autre membre de sa famille ne voulait l’accueillir, chacun avançait des raisons, aussi farfelues, les unes que les autres. Pour payer ses cours, Lionel donnait des cours à domicile et comme il était brillant et studieux, il offrait ses services à d’autres étudiants moyennant quelques sous. Les soirs, il retournait à la maison s’occuper des tâches ménagères. Lionel n’avait droit au repas de la maison, les fois où son oncle était présent et comme ce n’était pas toujours le cas, il lui arrivait de dormir le ventre creux et gargouillant.

Son oncle savait bien comment son neveu était traité, mais il fermait les yeux, c’était le prix à payer pour que Lionel reste toujours sous son toit. Car, s’il froissait sa femme, c’est Lionel qui en paiera le prix fort.

Les années passaient, après plusieurs tentatives échouées, Lionel obtint une bourse d’étude gratuite pour l’étranger alors qu’il venait d’obtenir sa maitrise de recherche en sciences de gestion. Cette fois était différente des années précédentes qui exigeaient qu’il payât son billet d’avion et le reste du séjour. Cette fois, tout lui était offert, le voyage, l’accueil, le séjour. Il était aux anges à l’annonce de cette nouvelle.

Mais la question qui lui trottait dans la tête, c’est : est-ce qu’il devait l’annoncer à son oncle et à sa femme. Il craignait surtout la réaction de sa tutrice. La connaissant, il savait qu’elle ne se réjouirait pas de cette nouvelle. Qu’allait-il faire ? se demandait-il.
Cette opportunité, il l’avait attendu toute sa vie. Il ne pouvait donc pas la rater. Mais, il ne voulait pas non plus que ses tuteurs le traite d’ingrat.
De retour à la maison, il vit que sa tutrice l’attendait sur le pas de la porte.

  • Bonsoir, ma tante
  • Qui est ta tante ? C’est maintenant que Monsieur s’emmène ? Et où étais-tu durant tout ce temps ?
  • Aux cours ma tante, de plus le bus a mis du temps avant d’arriver.
  • Sale menteur, tu étais en train de te prélasser quelque part me laissant tout faire ici, tu viens me raconter des bobards. Allez, du vent !

Lionel ne ferma pas l’œil de la nuit, partagé entre sa joie de départ et sa crainte de l’annoncer à ses tuteurs. Il réfléchissait à la meilleure formule à adopter.

La date du voyage approchait à grands pas et Lionel n’avait toujours pas trouvé la solution. La veille de son départ, il rédigea une lettre à leur endroit où il les remerciait de leur hospitalité et leur détailla tout. Le jour du départ, puisqu’il avait un vol de nuit, il posa la lettre sur la table à manger, ferma la porte et s’en alla, son baluchon entre les mains. Lionel resta un moment devant le portail à contempler une dernière fois cette maison qui l’avait accueilli durant des années.

Dans le taxi qui le conduisait pour l’aéroport, Lionel ne pouvait s’empêcher de penser à Emma, cette fille qu’il avait toujours secrètement aimée. Emma était une belle jeune fille métisse, d’un père européen et d’une mère ivoirienne. Ses longs cheveux sur sa belle peau métissée et son joli sourire lorsqu’ils échangeaient, allaient lui manquer. Lionel n’avait jamais fait part de ses sentiments à la jeune fille car vu son statut social, il ne pouvait pas espérer avoir une fille d’une famille si aisée à ses côtés même dans ses rêves les plus fous. Lionel préférait se contenter des petits moments d’échange qu’ils avaient lorsqu’il se rendait à son domicile donner des cours à son frère cadet, Joël.

Emma avait fait ses études en Europe et officiait comme juriste dans une entreprise internationale. Elle était entre deux avions et de ses voyages, elle rapportait toujours quelque chose à Lionel. C’est en partie grâce à elle qu’il avait un peu de nouveaux vêtements.

Il n’eut pas le temps de lui dire au-revoir car elle était en déplacement d’affaires. Le frein de la voiture tira Lionel de sa rêverie. Il descendit et se dirigea vers le quai d’embarquement…

Cela faisait maintenant un an que Lionel avait posé ses affaires du côté du Canada. Il avait réussi à se trouver un job à mi-temps. Il s’en sortait mieux il faut le dire puisqu’il n’avait pas à s’inquiéter de la scolarité. Ses études terminées, Lionel avait fait son entrée dans une nouvelle entreprise, une grosse boite qui avait des annexes implantées un peu partout dans le monde. Une veste sur mesure bleu roi, des souliers noirs, une chemise blanche, une montre, les cheveux taillés au millimètre près, une touche de son parfum son parfum frais qui enivrait toutes les assistantes au passage. Il était bel homme et il le savait, alors il jouait dessus quand il le voulait. Un petit sourire en guise de bonjour, un hochement de tête, une bise par ci, une poignée de main par-là, c’était la routine du matin de Lionel et il adore ça.

Les années difficiles qu’il avait vécu ont fait de lui, un homme généreux et altruiste, il aidait au passage et se réjouissait quand tout allait bien. Ce jour-là, Lionel avait mis un peu plus de soin dans sa toilette parce qu’il recevait le responsable juridique Afrique de l’entreprise. Que ne fut sa surprise lorsque sa secrétaire lui annonça l’arrivée de son rendez-vous.

Dès qu’elle mit le pied, aussitôt Lionel reconnu le parfum, il se retourna

    • Bonjour monsieur, Miss Manille

Lionel resta un instant sans mot dire, puis repris ses esprits.

  • Bonjour Miss Manille, Monsieur Kahi, soyez la bienvenue. Prenez place. On vous apporte quelque chose à boire ?
  • Non, merci, sans façon ! Avec un sourire. Si vous permet, j’aimerais qu’on passe à ce qui nous réunit ce matin. D’ici je pars dans d’autres succursales puis au siège, déposer mon rapport. Donc si on peut aller plus vite cela m’aiderais. Merci !

Une heure après un bon moment de concentration, ils avaient bouclé. Emma était ravie donc plus détendue maintenant. Lionel profita donc de la brèche qu’elle avait faite pour se présenter.

  • Emma ?
  • Oui, comment connaissez-vous mon prénom, je ne l’ai pas dit.
  • Emma, c’est moi, Lionel de Côte d’Ivoire, le répétiteur de ton petit frère Joël.
  • Noooon ! S’exclama-t-elle, non ça ne peut pas être toi. Joël ? Oh mon Dieu, ce n’est pas vrai ! Mais tu as radicalement changé, mieux je dirais que tu es devenu un homme. C’est super ! Je suis contente de te revoir. WAOUH !
  • C’est bien moi, tu ne rêves pas.
  • Mais tu as disparu, quand je suis revenue de mon voyage, mon petit frère m’a dit que tu avais démissionné et tout. Je m’étais demandé ce que tu étais devenu et cinq après je te retrouve à ce poste. Mais c’est waouh ! Félicitations je savais que tu étais promis à un grand avenir, tu mérites donc ce qui t’arrives.

Les accolades n’en finissaient plus.

    • Bon, je dois y aller, mais c’est promis hein, on se reverra. Tu dois tout me raconter. Voici ma carte, donne la tienne. Dès que j’ai un bout, on se fait un déjeuner. Bisous !
    • Bye ! Lionel la regardait partir à travers la baie vitrée. Elle était plus belle et plus ravissante. Aussitôt, il devint tout nostalgique.

Des semaines s’étaient écoulées depuis leur dernière rencontre. Un samedi matin alors qu’il revenait du sport. Il reçut un SMS d’Emma qui disait.

    • Rendez-vous cet après-midi au Café-terrasse à 16h.

Lionel sourit, prit sa douche, son petit déjeuner et attendait impatiemment 16h pour se rendre à son rendez-vous. Il imaginait toute sorte de scénario étendu dans son canapé, une revue entre les mains. La sonnerie de son téléphone le réveilla. En effet, Lionel s’était endormi. Il regarde sa montre, il était 15H30.

  • Oups ! Je suis en retard.

Il fila rapidement dans la douche, vite fais, il enfila T-shirt à col blanc, un bermuda blanc, un pull par-dessus les épaules, des tennis noires, sa montre, son bracelet, se brossa la tête, une touche de parfum, il était prêt pour aller rencontrer Emma. Il prit les clés de sa voiture sur la commode et hop, le voilà dans l’ascenseur, il était 15H45, 10minutes de trajet, le voilà au café. Il choisit une table sur la terrasse pour profiter de la vue. Pendant qu’il attendait, il prit un bouquet de fleurs chez un marchand ambulant. 16H tapante, Emma fit son entrée toujours avec sa joie contagieuse.

  • Salut, comment vas-tu ? Bisous

Il lui tendit le bouquet, tira la chaise et ils s’assirent. Le temps passait sans qu’ils ne s’en aperçoivent. Ils parlaient de tout et de rien, du passé, du travail, etc.

Au moment de se quitter, ils se promirent de se revoir. On ne pouvait compter le nombre de fois qu’ils s’étaient revus soit pour un café, soit pour une promenade…jusqu’au jour où, pendant qu’ils échangèrent, assis dans son canapé, Lionel qui l’avait toujours désiré profita pour l’embrasser, Emma lui rendit son baiser. Un baiser sur le lobe de son oreille, puis dans le cou la fit tressaillir. Lionel continuait son long et beau voyage sur le corps de la jeune dame qui s’offrait au fur et à mesure que sa langue le parcourait. De ses doigts, il fit sauté un à un, les boutons du chemisier en soie qu’elle avait mis. Sa poitrine lui laissait voir ses beaux seins ronds et pointus qu’enjolivait encore plus le soutien-gorge rouge en dentelle qu’elle arborait. Emma aimait bien la lingerie fine et Lionel était en extase devant autant de beauté. Il l’étendit tout doucement sur le canapé et l’embrassa avec fougue pendant que son corps tout naturellement l’effleurait…cela continuait jusqu’au bout de la nuit et les deux épuisés, s’endormir sur la moquette qui recouvrait le sol.

A son réveil, Lionel avait cherché Emma qu’il ne trouva pas mais à la place, un mot écrit au rouge à lèvres l’attendait.

  • Coucou Lionel, je pars pour la Suisse ce matin pour une mission d’un mois. On se reparle à mon retour. J’ai passé un bon moment. Bisous !

Lionel sourit puis alla prendre un bain et se relaxer.
Comme il avait pris des congés pour passer du temps avec Emma et que maintenant ce n’était plus possible, il décida de partir pour un moment en Côte d’Ivoire pour voir son oncle et sa femme. Vu que depuis son départ, il n’avait plus aucune nouvelle d’eux.
Il prépara minutieusement ce voyage. Lorsqu’il foula le sol ivoirien, la voiture qu’il avait faite louer pour son séjour l’attendait, il fit un tour à l’hôtel où il allait loger pris une douche, se changeait et le voilà dans les supermarchés de la ville pour des emplettes, en plus de ce qu’il avait rapporté de l’Europe. Il chargea le coffre, les enveloppes prévues pour l’occasion et direction la maison de son oncle. Elle n’avait pas changé d’un pouce, seulement la peinture défraichie qui rappelait les vieux jours qu’elle avait comptés.
Il sonna et un jeune garçon vint lui ouvrit.

    • Bonjour Tonton
    • Bonjour petit, ça va ? Tes parents sont-ils là ?
    • Oui, entrez.

Il suivit l’enfant jusqu’au salon. Qui est venu ? demanda la femme à l’enfant.

    • C’est un tonton, il dit qu’il est venu vous voir.

Lionel fit son entrée, depuis la terrasse son parfum avait déjà enveloppé toute la pièce.

    • Bonjour, madame, monsieur !
    • Bonjour monsieur, prenez place.

Lionel s’assit, il savait que personne ne l’avait reconnu, il sourit.

    • On vous apporte à boire ?
    • Non, merci. Ne vous donnez pas cette peine.

Son oncle, que le temps, la maladie et le poids de l’âge avaient vieilli et amaigri, prit maintenant la parole. Monsieur, donnez-nous les nouvelles, qu’est-ce qui vous emmène ?

    • Juste un bonjour, comme cela faisait longtemps, il fallait que je vienne vous rendre une petite visite. Je me présente, je suis Lionel Kahi. Il n’avait pas fini sa phrase que sa tutrice s’est évanouit. Son oncle la remua si violemment qu’elle reprit ses esprits.
    • Lionel ? C’est toi ?

Son oncle resta assis les mains sur la bouche, sans voix.

    • Oui, c’est bien moi.

Les deux n’en revenaient juste pas. Il se leva appela les enfants de la cour et les invita à décharger sa voiture. Il y’avait de tout ; vêtements, chaussures, ustensiles, mobiliers de cuisine…

Après avoir tout déchargé, Lionel tendit les enveloppes à son oncle et à sa femme encore sous le choc et prit la parole.

    • Tonton, Tantie, je tiens à vous présenter mes excuses pour la manière un peu lâche dont je suis parti, mais il le fallait. Je vais vous épargner les détails. Dieu merci, aujourd’hui, j’ai un bon travail et je m’en sors. Je vous remercie pour votre hospitalité car sans vous je ne sais pas où je serais aujourd’hui. Merci infiniment et que Dieu vous bénisse.
      Aussitôt, sa tante se jeta à ses pieds et se mit à pleurer.
    • Mon fils, pardonne-moi, pardonne-moi pour toutes les souffrances que je t’ai faites. Dieu seul sait combien de fois je t’ai maltraité pour qu’aujourd’hui, tu viennes me donner tout cela. Je ne les mérite pas encore moins ton pardon. Mais mon fils pardonne-moi, je t’en supplie.

Il fit lever sa tante.

    • Tante, tout cela c’est du passé. Je préfère ne pas m’en souvenir. Je n’ai donc rien à te pardonner.
    • Mon fils, reprit son oncle. Merci de t’être souvenu de nous, merci pour tout. Et surtout, pardon pour toutes les fois où j’ai fermé les yeux devant ce que ma femme te faisait endurer. Excuse-moi.
    • Ne t’inquiète pas mon oncle, Je ne vous en veux pas. Sur ce, je vais demander la route.
    • Déjà ? Attends je vais te faire à manger.
    • Ecoute ta tante mon fils, reste un peu pour manger.
    • Non, mon oncle, ce sera pour la prochaine fois, là, je suis attendu.

Il prétexta un rendez-vous d’urgence et se leva, les deux l’accompagnèrent à sa voiture. Lorsqu’une voisine un peu indiscrète s’avança. Elle se dépêcha de lui crier :

    • C’est mon fils, il vient d’arriver du Canada.

Lionel hocha la tête et monta dans sa voiture, leur fit un au-revoir de la main et s’en alla. Il les regardait à travers le rétroviseur, remplit d’émotions et une larme vint s’écraser sur sa joue…

Fin !

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