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  • Posted by: FELINE

MAFERIMA KONE: “un bon entrepreneur doit être un bon manager et un bon leader”

De l’expérience, elle en a à revendre. Audacieuse, travailleuse, toujours prête à aider et à partager son expérience, Maférima Koné, 35 ans, entrepreneure en aviculture et propriétaire de ferme de volailles, Déléguée CNJCI région d’Abidjan, Présidente Fondatrice de l’ONG OJISER, l’Organisation des Jeunes Ivoiriens pour la Sécurité Routière Côte d’Ivoire, Présidente du REJEFE-CI (Réseau des Jeunes Femmes Elites de Côte d’Ivoire) forme les jeunes femmes au leadership et à l’entrepreneuriat. Pour cette diplômée en Informatique de gestion, en Markeking management, en Leadership, Genre et Développement, la femme a les armes pour relever tous les défis, la preuve, elle a réussi dans le domaine de l’élevage après mille et une difficultés liées à ce métier. Suivez Maférima Koné, l’une des jeunes femmes leaders les plus inspirantes de sa génération, dans son quotidien, ses activités et ses projets.

COMMENT L’ENTOURAGE DE MAFERIMA KONE LA DECRIT-ELLE ?

Les gens me décrivent comme une personne courageuse, battante, audacieuse qui aime aider les autres. Ils disent aussi que je suis travailleuse et parfois têtue, car si je crois en quelque chose je ne me laisse jamais convaincre par des paroles négatives. Je préfère faire ma propre expérience et si ça ne marche pas cela me sert de leçon. Aussi je ne me laisse pas marcher dessus et je dénonce l’injustice sociale. Tous ceux qui me connaissent savent que je ne ménage aucun effort pour défendre la cause de la femme.

RACONTEZ-NOUS VOTRE PARCOURS ENTREPRENEURIAL

Je suis leader de jeunesse, consultante formatrice en entrepreneuriat et motivatrice. Je parle toujours de l’autonomisation des jeunes, je les encourage à passer de demandeurs d’emploi à pourvoyeurs d’emploi en créant leurs propres affaires. Alors pour être à l’aise et en cohérence avec ce que j’enseigne, il fallait que je donne l’exemple. J’ai été aussi élevée dans un environnement de commerce, cette notion est de façon indirecte innée. L’entrepreneuriat s’est accentuée avec les formations que je suivais dans lesquelles, il était question de Start up et autres. A défaut d’avoir une idée novatrice, j’ai tout de suite pensé à l’élevage que nous faisions à la base, de façon informelle. C’est ainsi qu’avec l’aide de ma sœur jumelle, nous avons décidé de faire de l’élevage de façon professionnelle. Les moyens financiers n’y étant pas. Il nous a fallu épargner sur une période de deux ans avant de lancer nos activités à Bouaké, où nous avons loué un espace sur lequel nous avons construit notre poulailler baptisé “Kounady Volailles”. Nous avons commencé avec 300 têtes et 100 dindes blanches, aujourd’hui, nous avançons vers 6000 têtes. D’ici la fin de l’année, nous espérons arriver à 10 000 têtes.

POURQUOI LE CHOIX DE L’ELEVAGE POUR UNE JEUNE FEMME ?

L’élevage, c’est une passion que je partage avec ma sœur jumelle depuis l’enfance.

VOUS ETES AUSSI ENGAGEE DANS LA CAUSE DES FEMMES. ETES-VOUS UNE ACTIVISTE ?

Certes, je n’ai pas fait d’études de droit, mais j’ai étudié les droits de l’Homme à travers des ONG de défense de droit de l’homme comme le Club Union Africaine, le Centre Féminin pour la démocratie et les droits humains en Côte d’Ivoire(CEFCI) et Amnesty international section Côte d’Ivoire. J’ai donc les aptitudes pour défendre les femmes. Je suis convaincue que les femmes disposent de capacités à faire et bien faire les choses. Je veux former les filles à prendre le devant des choses. Cela commence à la base. Moi, j’ai eu des modèles comme Madame Constance Yayi, Mme Mariatou Koné et Mme Francine Muyumba… Et je me suis dit en tant que jeune fille, il faut aider d’autres jeunes filles à le faire. Il y a un leadership en elle qu’il faut révéler. Il y a un potentiel qu’elles ont et si elles sont informées et formées elles arriveront à exprimer pleinement leur leadership et leur potentiel dans majeurs secteurs d’activités économiques et surtout dans la vie politique.
Il suffit de donner l’occasion aux jeunes filles. Vous vous rendrez compte qu’elles sont capables de faire de grandes choses. Moi j’y suis arrivée. Je veux aider les femmes à se prendre en charge à être financièrement stable, c’est à ce seul prix qu’elles seront respectées et verront leurs droits élémentaires respectés.

CONCRETEMENT, COMMENT FAITES- VOUS POUR INCULQUER L’ENTREPRENEURIAT A LA JEUNE GENERATION

Par des formations. En effet, justifiant d’un diplôme en Leadership africain (AWF African Women of the Future),je forme les jeunes filles en Leadership et bien d’autres. Je les coache à l’entrepreneuriat. Il y a des filles qui peuvent entreprendre, mais elles n’ont aucune idée de ce qu’elles vont faire. Moi, je leur donne des voies et moyens, de petites astuces. Comme par exemple, vendre des gâteaux sur le campus. Moi j’avais toujours des seaux, de petits seaux de “toffi”, de friandises, etc que je vendais à l’école pour me faire un peu d’argent. Je partage mon expérience avec elles pour qu’elles s’en inspirent. Et c’est cet exemple que je veux laisser à mes enfants. Mais audelà de ces petits commerces, je les amène à rêver grand et à avoir des idées novatrices pour prétendre à des affaires et entreprises plus rentables. Avec elles nous avons un réseau d’information sur les opportunités de formation de leurs capacités et de financement de projets.

QUELLES ASTUCES POUR ETRE UN BON ENTREPRENEUR ?

Avoir le goût du risque, il faut savoir affronter, se relever parce que souvent, tu vas tomber plus bas. Il faut être passionné, avoir un rêve et surtout être déterminé. Et moi je me dis aujourd’hui c’est une grâce pour moi d’être dans le domaine de l’entrepreneuriat parce que j’ai eu de mauvaises expériences que je partage pour éviter aux autres jeunes filles qui veulent commencer, de tomber dans les mêmes erreurs. Je n’ai pas eu de formation en aviculture, ma jumelle non plus et nous nous sommes jetées là-dedans. Nous avons eu beaucoup de difficultés et presque tout perdu, mais nous n’avons pas abandonné. Aujourd’hui, le résultat est là. Il faut être persévérant. Être crédible et honnête. Par-dessus tout, il faut être un bon manager et un bon leader. Le leadership qu’on apprend en association, nous sert en entreprise parce que ce sont des personnes de tout genre et de différentes humeurs que tu vas gérer. Si tu ne les traites pas bien,s’ils ne sentent pas de respect ni de consideration de ta part, ils n’exécuteront pas tes taches avec plaisir. Il faut être un bon manager rigoureux mais humain,qui n’alourdi pas l’atmosphère de ses employés. Il faut q’ils soient contents de travailler pour toi.

DE FAÇON DIRECTE, AVEC LA FERME VOUS AVEZ COMBIEN D’EMPLOYES ?

“Kounady Volailles” emploie cinq personnes : deux volaillers, deux commerciaux et un comptable. Nous avons des vendeurs directs et indirects. A Bouaké, nous avons les vendeurs de choukouya (viande braisée). Tous ceux-là sont nos partenaires. Actuellement, nous avons deux grands partenaires parce que ce sont les meilleurs payeurs.

QUELLES DIFFICULTES AVEZ-VOUS RENCONTREES AVEC “KOUNADY VOLAILLES” ?

Nous avons eu des problèmes avec des mauvais payeurs qui prenaient nos marchandises et ne res- pectaient pas leur part du contrat et après ça devenait des histoires. Il faut avoir constamment des ressources financières pour faire face aux problèmes, le manque de confiance des banques pour octroyer des prêts. Il y’a aussi des revendeurs au marché avec lesquels nous avons arrêté le partenariat parce qu’ils ne sont pas honnêtes. Ils prennent ton argent et font le commerce avec, sans remboursement. Donc nous préférons travailler avec les deux “braiseurs” et ce sont les meilleurs à Bouaké. Ils prennent plus de 200 poulets par jour. Nous n’arrivons pas toujours à satisfaire leurs besoins. Donc notre objectif aujourd’hui, c’est de récupérer ce marché. Si nous avons un marché de 200 poulets par jour sans compter les jours de fêtes où la demande croît,ça fera un bon chiffre d’affaires. L’innovation a KOUNADY VOLAILLES, c’est la vente de poulets fumés et les dindes blanches de chairs dont on importe les poussins depuis la France et les employées sont des jeunes femmes

PENSEZ-VOUS DIVERSIFIER VOS ACTIVITES A LA LONGUE EN PLUS DE CE QUE VOUS FAITES COTE ENTREPRENEURIAT, LEADERSHIP, FEMMES ET GENRE ET ELEVAGE?

Oui, notamment, dans le transport. Avec principalement la formation des jeunes femmes déscolarisées et diplômées sans emploi à la conduite. Ce projet va répondre à plusieurs besoins. D’abord, avec plus de femmes conductrices professionnelles, il va contribuer à la réduction du taux d’accidents de la route car les femmes sont beaucoup plus prudentes au volant que les hommes. Le projet va contribuer à l’autonomisation des femmes en leur offrant un travail stable. Nous allons former aussi des domestiques qui sauront conduire, qui auront une formation en secourisme et en prévention des risques domestiques. J’espère avoir un financement, car c’est un projet qui me tient à cœur.

QUE PENSEZ-VOUS DES FEMMES QUI SE CROIENT TROP BELLES POUR ENTREPRENDRE?

C’est une question sensible mais on essaie de sensibiliser nos sœurs. Je le dis toujours : la beauté d’une femme a une date de péremption. Donc quand tu penses que tu es belle, il faut regarder la photo de ta grand-mère quand elle était jeune et puis tu la regarde aujourd’hui, tu vas redescendre sur terre. Il y a un moment pour la jeunesse. Il y a un moment pour travailler et il y a un moment pour préparer la vieillesse. Donc si tu as passé tout ton temps à être belle, les gens vont profiter de toi, le jour tu vas t’en rendre compte ce sera très tard car tu seras ,à la charge des autres, éternelle assistée. Tu n’as rien préparé et tu vas en vouloir à la terre entière pour ton échec. Tu seras aigrie.

PENSEZ-VOUS QUE LES FEMMES IVOIRIENNES S’INTERESSENT A L’ENTREPRENEURIAT PAR PASSION OU PAR CONTRAINTE ?

A 90% par contrainte et ce n’est pas seulement en Côte d’Ivoire, mais c’est commun à toute l’Afrique francophone. On n’a pas la culture de l’entrepreneuriat. C’est lorsqu’on a cherché de l’emploi sans succès qu’on pense à entreprendre pour survivre. Mais ce n’est pas la bonne manière. Parce qu’on échoue facilement et on abandonne. L’entrepreneuriat c’est une question de rêve, de passion, de contribution pour répondre à un besoin de sa communauté. C’est pourquoi, la plupart des start- up réussissent, car tout projet de start-up part d’un constat dans la communauté, d’un besoin crucial et de quelque chose de nouveau qui n’existe pas ou bien qui existe mais auxquelles on apporte sa valeur ajoutée pour rendre meilleure et indispensable pour la communauté. En Afrique francophone, pour entreprendre, il faut avoir confiance en soi, en son idée, en son rêve. Il faut être assez têtue car lorsque vous parlez de votre projet, il ya plus de gens qui ont assez d’arguments pour vous décourager que pour vous encourager. C’est là qu’on reconnait un vrai entrepreneur. Car si tu as peur d’échouer, si tu n’as pas le goût du risque, si tu n’as pas confiance en ton projet, si tu n’es pas patient, ni persévérant, alors ne cherches pas à entreprendre, car les gens vont facilement te convaincre d’abandonner ton projet pour des raisons qu’eux seuls savent. Donc pour entreprendre, tu dois être prêt à tout, tu dois rêver, te réveiller et mettre ta stratégie en place pour réaliser tes rêves.

ETES-VOUS UNE FELINE ? SI OUI, LAQUELLE ?

Je suis une Lionne, parce que je me bats pour ceux qui sont à ma charge, je pense plus à ceux que j’aime qu’à moi. Mon bonheur résulte du bien être de ceux que j’aime.

Marina KONAN