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  • Posted by: FELINE

Hassan Hayek : « pour être un bon entrepreneur, il ne faut pas brûler les étapes »

Entrepreneur il l’est, sociable il l’est, mieux, c’est même sa marque de fabrique. Pour lui, apporter de la joie au cœur surtout d’un enfant, n’a pas de prix. Il est toujours prêt à aider tant que la force et les moyens lui permettront. Aujourd’hui, Hayek Hassan, jeune libanais de 35 ans marié, père d’un enfant, ex-footballeur, commerçant et restaurateur partage avec vous son quotidien entre anecdotes et fou-rire.

Comment Hayek Hassan se définit-il ?

Je suis un peu difficile de nature, et mon entourage dit que je suis gentil, je rigole beaucoup. Seulement, je dis et le redis ; l’amitié c’est l’amitié, le travail reste le travail. Je suis comme tout le monde. Je me lève à 7h du matin pour le boulot et je rentre à 22heures.

Comment passe-t-on du football, au textile puis à la restauration ?

J’ai été footballeur pendant deux ans au Liban. Mon équipe a même été sacrée championne du Liban. Il faut dire qu’à un moment, le « Garba » me manquait au point où je suis rentré en Côte d’Ivoire. Dans le milieu du textile, tout le monde me connait en tant que « libanais noir », car je livrais la marchandise à presque tous les stylistes d’Abidjan, jusqu’à ce qu’un jour, le magasin parte en fumé. J’ai pu le réhabiliter et il est aujourd’hui, fonctionnel. Par la suite, j’ai basculé dans la restauration, un secteur très compétitif.

Entreprendre en Côte d’Ivoire, est-il aisé ?

Pas du tout. Entreprendre en Côte d’Ivoire, ce n’est pas comme ce qui se raconte aujourd’hui. Il y’a un tapage médiatique autour de cette notion. Ce n’est pas juste le fait de créer des micro-finances et octroyer des crédits aux entrepreneurs mais le plus difficile est de gérer l’argent de manière professionnelle. On ne montre que le côté positif, Personne n’évoque les réalités. Or, la manière dont l’entrepreneuriat est présenté, c’est comme s’ils brûlaient les étapes, ce qui ne rend pas service à l’entrepreneur. Pour entreprendre, il faut commencer à avoir une expérience sur certaines choses notamment l’apprentissage à l’école. On rêve de pouvoir ouvrir une structure ? Mais, on commence d’abord, par être employé, suivie de l’expérience du terrain, enfin on rentre dans le vif du sujet. Mais, aujourd’hui, on nous montre que tout est beau. Malheureusement, quand l’affaire prend un coup, c’est l’entrepreneur qui se mord le doigt. Il n’y a personne pour lui donner un coup de main.

Quel a été le fait le plus marquant dans votre vie d’entrepreneur ?

C’est lorsque mon magasin de textile a pris feu. Je me souviens qu’une semaine avant le drame, j’avais rêvé de ça. Lorsqu’on m’appela à 3heures du matin pour me dire que le magasin est en train de partir en fumée. J’étais très Zen car, j’étais préparé psychologiquement. J’ai gardé le sang-froid, après avoir pris ma douche, je m’y suis rendu pour constater les faits.

Un conseil pour réussir en entrepreneuriat ?

Il n’y a pas de potion miracle. Il y a deux choses à retenir : l’expérience et l’argent, ajoutés à la chance. Si Dieu dit que c’est pour toi, c’est que c’est le cas. Il faut être courageux, il ne faut pas avoir honte de travailler. Même pour devenir footballeur on s’entraine. Pour devenir restaurateur on fait des formations. Il y a tout une panoplie d’étapes par lesquelles il faut passer. Il faut donner le temps au temps. Ici les gens courent après les micro-finances avec un taux de remboursement parfois élevé. Et lorsque l’entrepreneur n’arrive pas à rembourser, tout son matériel est hypothéqué et récupéré pour payer le crédit contracté, ce qui revient à tout reprendre.

Comment arrivez-vous à gérer business et actions sociales ?

C’est compliqué, mais, c’est un choix de vie. J’ai déjà fermé deux magasins à cause du social. Celui d’Adjamé, cela fait pratiquement un an et six mois que je n’y ai pas mis les pieds car, chaque jour il y a plusieurs choses à faire à la fois. Je suis tellement sollicité.

On vous surnomme le « vagabond de la charité », pourquoi ?

Je suis un vagabond, à l’état de nature, (rires…) J’ai grandi à Dallas précisément dans la commune d’Adjamé. Pour la petite histoire, un journaliste m’interviewait. Pendant notre échange, il y’a eu un cas urgent, je lui ai demandé de m’attendre, je suis allé le régler et je suis revenu. Dès que, je me suis assis, un autre cas s’est présenté. Le journaliste a encore attendu. Quand nous avons repris l’interview, il m’a baptisé « le vagabond de la charité ». Ce qui veut dire que je m’engage d’abord sur un cas social avant d’avoir l’argent. Parce que si tu t’engages, tu es obligé de chercher et trouver les moyens pour résoudre le problème. C’est la raison pour laquelle on m’appelle « le vagabond de la charité ».

Comment se sent-on après avoir pu sauver une vie grâce aux actions menées ?

On se sent heureux. C’est le lieu de remercier tout le groupe « Bénévoles de premier secours ». En effet, nous avons géré environ 300 cas à ce jour.

Votre histoire avec « Bénévoles de premier secours », d’où part-elle ?

Ce groupe a été créé à un jour, à l’aube. Le nom « Bénévoles de premier secours » m’a été inspiré et sur le coup j’ai pris mon téléphone et j’ai créé un groupe sur Facebook. Au petit matin on atteignait déjà 3000 personnes. En une semaine, on était 10.000 inscrits et j’ai commencé à nommer les Administrateurs du groupe. Ce sont des ainés à moi (en Suisse, en France, en Côte d’Ivoire). Mais on a bloqué le groupe qui compte aujourd’hui 40.300 membres.

Hayek Hassan entend-t-il s’arrêter un jour ?

Non ! Tant que la politique ne se mêle pas à cette affaire, je continuerai. Je ne veux rien de la politique avec le Groupe « Bénévoles de premier secours ». On a un devoir citoyen à accomplir : aider, quelle que soit la nature de la personne. Le gouvernement ne peut pas tout faire. Pour ma part, il ne faut pas naitre en Côte d’Ivoire pour rien. On a des choses à accomplir.

Pour vous que représente la fête des pères ?

C’est un jour comme les autres. On est arrivé à un stade où la vie est tellement active, on n’a pas suffisamment de temps. Et Dieu merci, ce temps est mis à la disposition des autres. Cette « affaire de fête des pères et des mères »,… c’est devenu comme des obligations pour marquer des choses. Pour moi, c’est un jour ordinaire, ça ne me fait ni chaud, ni froid.

Quel félin êtes-vous ? Un lion, un léopard, un tigre…pourquoi ?

Je suis un Puma. (Rire). Parce que c’est un Félin qui a beaucoup de choses dans sa tête mais les personnes autour de lui n’arrivent pas à le comprendre, à le cerner.

Marina KONAN